La maladie d’Aujeszky reste méconnue du grand public. Pourtant, elle concerne directement les chasseurs de grand gibier : le virus circule chez le sanglier sauvage et peut être mortel pour le chien.
En Belgique, plusieurs cas ont été rapportés chez des chiens de chasse après des contacts avec des sangliers. Et en France, entre 40 et 60 cas de chiens seraient recensés chaque année, probablement sous-estimés.
Alors que la surveillance et la recherche se renforcent en Europe, faisons le point sur ce que l'on sait aujourd'hui, les situations réellement à risque et les bons réflexes à adopter sur le terrain.
Depuis plusieurs mois, la maladie d’Aujeszky revient régulièrement dans l’actualité cynégétique et vétérinaire.
En septembre 2026, un nouvel outil de déclaration des cas suspects ou confirmés chez les chiens a même été mis à disposition des vétérinaires français. L’objectif : mieux connaître la circulation de cette maladie et identifier les territoires où le risque est le plus important.
Chasse Passion – Nouvel outil de déclaration de la maladie d’Aujeszky chez le chien
Mais faut-il s’en préoccuper quand on chasse en Belgique ? Oui. Car le virus circule également dans les populations de sangliers sauvages en Wallonie.
Qu’est-ce que la maladie d’Aujeszky ?
La maladie d’Aujeszky, aussi appelée pseudorage, est une maladie virale provoquée par le virus de l’herpèsvirus porcin de type 1.
Les suidés, et notamment les porcs et les sangliers, sont les hôtes naturels du virus. Chez eux, l’infection peut passer totalement inaperçue : un animal peut donc être porteur sans présenter de symptômes évidents.
Chez le chien, la situation est très différente.
Le chien est un hôte accidentel. Il ne peut pas entretenir ou transmettre le virus à son tour, mais l'infection provoque une atteinte nerveuse extrêmement rapide et son issue est fatale. L’AFSCA indique une évolution de la maladie en 48 à 72 heures chez les espèces sensibles autres que les suidés.
Et contrairement à certaines maladies du gibier, la maladie d’Aujeszky n’est pas transmissible à l’être humain.
Pourquoi les chiens de chasse sont-ils particulièrement exposés ?
Le principal risque se trouve là où ton chien travaille : au contact du sanglier.
Une contamination peut notamment survenir lorsqu’un chien :
- mord un sanglier blessé ou mort ;
- entre en contact avec la salive ou les sécrétions d’un sanglier infecté ;
- mange des viscères contaminés ;
- consomme de la viande crue de sanglier contaminé ;
- lèche ou mord une carcasse ou des déchets issus de la découpe.
L’AFSCA souligne notamment le risque lié aux cadavres, au matériel contaminé et à la viande ou aux abats de sangliers infectés.
Un vieux réflexe mérite donc d’être abandonné : laisser son chien « se servir » sur le gibier après la mise à mort.
Même si le sanglier semble parfaitement sain, cela ne permet pas d’écarter la présence du virus.
Le chien au ferme : une situation qui mérite une vigilance particulière
Le travail au ferme est l'une des situations dans lesquelles le chien peut être confronté très directement au sanglier.
Les cas récents rapportés en Europe montrent que des chiens de chasse peuvent développer la maladie après avoir été en contact étroit avec des sangliers.
C'est également ce qui rend la prévention difficile : le comportement normal d'un chien de chasse peut justement l'amener à prendre des risques que nous ne pouvons pas supprimer complètement.
La bonne approche consiste donc à réduire les expositions inutiles, plutôt qu'à imaginer une chasse sans contact avec la faune sauvage.

Et en Belgique ?
La situation belge mérite une petite nuance.
La Belgique bénéficie du statut officiellement indemne de maladie d’Aujeszky pour les élevages porcins depuis 2011. La vaccination préventive des porcs domestiques a été arrêtée à partir de 2009 et interdite depuis le 1er janvier 2011. Aucun cas n'a depuis été observé dans les porcs domestiques.
Mais cela ne signifie pas que le virus a disparu.
Le virus circule toujours chez les sangliers sauvages.
La Wallonie a d’ailleurs rappelé en janvier 2025 que plusieurs chiens de chasse étaient morts de la maladie après des contacts avec des sangliers, notamment dans les secteurs de Tellin, Mettet et Houyet. L’administration wallonne estimait alors qu’environ 30 % des sangliers étaient porteurs du virus.
Des travaux de surveillance menés en Wallonie confirment également la circulation du virus chez le sanglier sauvage.
Autrement dit : « indemne » pour les élevages porcins ne veut pas dire « absent de nos forêts ».
Quels sont les symptômes chez le chien ?
Les premiers signes peuvent apparaître 2 à 6 jours après la contamination.
Chez un chien infecté, on peut notamment observer :
- une forte agitation ou au contraire une grande apathie ;
- de la fièvre ;
- une salivation importante ;
- des troubles nerveux ;
- des spasmes ou tremblements ;
- une rigidité de la nuque ;
- des vomissements ;
- une modification du comportement ;
- surtout, des démangeaisons extrêmement intenses, pouvant provoquer une véritable automutilation.
Ce prurit intense est particulièrement évocateur de la maladie d’Aujeszky chez le chien.
L’évolution est ensuite extrêmement rapide. La mort survient généralement dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des signes cliniques. Dès l'apparition des symptômes, le pronostic est extrêmement sombre. Il n'existe pas de traitement permettant de guérir un chien atteint de la maladie d'Aujeszky.
Attention : Aujeszky ou rage ?
Certains symptômes peuvent faire penser à la rage. C’est une des raisons pour lesquelles le diagnostic doit être réalisé par un vétérinaire.
Une suspicion d’Aujeszky doit donc être prise au sérieux, particulièrement lorsqu’un chien de chasse a récemment été en contact avec un sanglier.
Que faire si tu suspectes une contamination ?
Il n’existe pas de traitement permettant de guérir un chien atteint de la maladie d’Aujeszky. Chez les carnivores, l’issue est fatale.
Si ton chien présente des symptômes inquiétants après une chasse au sanglier :
1. Contacte rapidement ton vétérinaire.
Explique-lui précisément le contexte : chasse au sanglier, contact avec un animal blessé ou mort, consommation éventuelle d’abats ou de viande crue et date du contact.
2. Ne manipule pas inutilement le chien.
Évite notamment les contacts avec les sécrétions de l’animal et respecte les consignes données par le vétérinaire.
3. N’attends pas de voir si les symptômes passent.
La maladie évolue très rapidement.
4. Signale le contexte de chasse au vétérinaire.
Cette information peut être déterminante pour orienter le diagnostic.
En Belgique, la maladie d’Aujeszky fait partie des maladies animales à déclaration obligatoire. L’AFSCA précise que les suspicions doivent être signalées sans délai à l’Unité Locale de Contrôle compétente.
Comment protéger ton chien pendant la chasse au sanglier ?
Il n’existe pas de geste permettant de supprimer totalement le risque. La meilleure protection reste donc la prévention.
Évite que ton chien morde le gibier
Lorsqu’un sanglier est au sol, évite autant que possible que les chiens mordent ou lèchent la carcasse.
C’est particulièrement important lors de la découpe et de l’éviscération.
Ne donne jamais les abats crus au chien
Les viscères et déchets de découpe ne doivent pas devenir une récompense pour ton auxiliaire.
Pas d’abats de sanglier crus, pas de viande crue provenant d’un animal dont le statut sanitaire est inconnu.
Évite les contacts inutiles avec les carcasses
Un chien qui travaille au ferme peut être très proche du sanglier. La prévention commence donc aussi par la gestion du gibier une fois l’animal maîtrisé.
Pense aussi à son équipement
La protection sanitaire n’est pas la seule raison de bien équiper ton chien.
Un chien de chasse peut traverser des ronciers, évoluer dans des terrains accidentés et être exposé aux coups de défense d’un sanglier.
Un gilet de protection adapté peut donc compléter l’équipement de ton auxiliaire, en fonction de son mode de chasse et du terrain.
Il ne protège évidemment pas contre le virus d’Aujeszky : son rôle est la protection physique du chien face aux contraintes du terrain et du gibier.
Le virus peut également être transmis indirectement par du matériel contaminé. La gestion des vêtements, bottes et équipements est donc importante, notamment pour éviter de transporter des agents pathogènes vers d'autres lieux.
Le regard de Valentin
Ce que les chasseurs peuvent apporter à la surveillance de la faune
Nous sommes parmi les personnes qui passent le plus de temps au contact de la faune sauvage.
Nous voyons les animaux, les suivons, observons leur état, leurs comportements, leurs déplacements. Nous sommes aussi présents lors des moments où un animal est prélevé et où son état sanitaire peut être observé. Cette proximité nous donne une responsabilité.
Pas celle de devenir vétérinaires ou scientifiques. Mais celle de regarder, de comprendre et de transmettre les bonnes informations.
Une anomalie observée sur un animal, un cas suspect chez un chien, une mortalité inhabituelle : ce sont des informations qui peuvent avoir de la valeur pour ceux qui suivent la santé de la faune.
Je suis convaincu que la chasse de demain devra travailler davantage avec les vétérinaires, les scientifiques, les gestionnaires de territoires, les agriculteurs et les autres acteurs de la nature.
Nous n'avons pas tous le même rôle. Mais nous partageons le même territoire.
Et mieux nous le connaissons, mieux nous pouvons le préserver.
Et la vaccination contre Aujeszky ?
La question de la vaccination des chiens de chasse fait régulièrement débat dans les territoires exposés.
En France, une convention entre le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires et la Fédération nationale des chasseurs prévoit actuellement l’organisation de sessions de vaccination de chiens de chasse contre la maladie d’Aujeszky.
Cette actualité française ne doit toutefois pas être transposée automatiquement à la Belgique.
Si tu chasses en Belgique, parle directement à ton vétérinaire des possibilités de vaccination applicables à ton chien et à ta situation.
Les modalités d’utilisation d’un vaccin vétérinaire dépendent notamment du cadre réglementaire et de la disponibilité du produit.
Les 5 réflexes à retenir
Pour résumer, si tu chasses le sanglier avec ton chien :
- Ne laisse pas ton chien mordre ou manger les viscères du sanglier.
- Évite autant que possible le contact avec les carcasses.
- Ne donne jamais de viande ou d’abats de sanglier crus à ton chien.
- Après un contact à risque, surveille attentivement son état dans les jours qui suivent.
- En cas de symptômes suspects, contacte immédiatement ton vétérinaire et précise qu’il s’agit d’un chien de chasse ayant potentiellement été exposé au sanglier.
Un risque à connaître, sans tomber dans la psychose
La maladie d’Aujeszky est un sujet sérieux pour les chasseurs de grand gibier, mais la bonne réponse n’est pas d’éviter toute sortie avec son chien.
C’est surtout une question de bons réflexes.
Ton chien fait partie intégrante de ta chasse. Il travaille parfois au plus près du gibier et prend des risques que tu ne prends pas toi-même.
Mieux connaître les maladies présentes dans la faune sauvage, c’est donc aussi une manière de mieux protéger ton auxiliaire.
Et lorsqu’il s’agit d’Aujeszky, une règle simple vaut mieux que mille suppositions :
un sanglier qui semble sain n’est pas forcément un sanglier sans virus.
Alors, avant la prochaine battue, pense à ton chien comme tu penses à ton propre équipement : prépare, protège et anticipe. 🌲🐗🐕
FAQ - Questions fréquemment posées
Oui. Le virus circule notamment dans les populations de sangliers sauvages en Wallonie. La Belgique est en revanche officiellement indemne de maladie d’Aujeszky dans les élevages porcins depuis 2011.
La maladie d’Aujeszky n’est pas considérée comme une zoonose humaine. Le principal enjeu concerne certaines espèces animales, notamment les chiens et les porcs.
Le contact rapproché avec un sanglier augmente les possibilités d’exposition. Les situations au ferme peuvent notamment entraîner des morsures ou des contacts avec le sang et les sécrétions de l'animal.
La cuisson modifie le risque infectieux, mais pour éviter toute exposition inutile, il est préférable de ne pas utiliser des abats ou produits dont le statut sanitaire n’est pas maîtrisé. En cas de question sur l’alimentation de ton chien avec du gibier, demande conseil à ton vétérinaire.
Les premiers signes peuvent apparaître quelques jours après l’exposition. Le délai exact peut varier et l'apparition des symptômes ne permet pas à elle seule de poser un diagnostic.
Non. L’exposition dépend notamment du type de chasse pratiqué, de la fréquence des contacts avec les sangliers et de la manière dont le chien travaille.
En cas de contact rapproché, de morsure, de blessure ou d’exposition inhabituelle, il est pertinent de demander conseil à ton vétérinaire et de lui préciser le contexte de chasse.
Non. C’est une distinction importante. Le taux de prévalence décrit la proportion d’animaux positifs dans une population étudiée. Le risque individuel du chien dépend de son exposition et des circonstances de contact.
Le chasseur peut contribuer en signalant les situations inhabituelles, en respectant les consignes sanitaires et en transmettant aux professionnels concernés les informations utiles concernant la faune sauvage et les chiens exposés.
Pas en elle-même. Elle rappelle surtout que la chasse s'inscrit dans un écosystème complexe. La santé des chiens, celle des populations de sangliers, les activités agricoles, la gestion des territoires et la surveillance de la faune sont liées.
Pour The Hunter Camp, mieux connaître ces interactions fait partie d'une approche de la chasse plus responsable et plus durable.
Sources
Sources officielles
- SPW Biodiversité – Maladie d’Aujeszky chez les animaux sauvages
- AFSCA – Maladie d’Aujeszky
- Ordre des médecins vétérinaires – Nouvel outil de déclaration chez le chien (FR)
Recherche scientifique / universitaire
- Université de Liège – Travaux sur la maladie d’Aujeszky chez le sanglier en Wallonie
- Université de Liège – Étude 2026 sur la maladie d’Aujeszky chez le chien en Belgique
Presse et médias chasse
- Chasse Passion – Nouvel outil de déclaration de la maladie d’Aujeszky chez le chien (FR)
- Le Dauphiné Libéré – Maladie d’Aujeszky : quel est ce virus qui tue les chiens de chasse ? (FR)
- Labo-Terana – Recrudescence de la maladie chez les chiens de chasse (FR)
- Chasse Passion – Cas de maladie d’Aujeszky détecté en Corrèze (FR)
- Chasse Passion – Campagne de vaccination pour les chiens de chasse (FR)
- Landesjagdverband Mecklenburg-Vorpommern – Deux chiens de chasse morts d’Aujeszky (DE)
- Landkreis Wittenberg – Gefahr für Hunde und Katzen (DE)